AKA 15 | LA CAPTURE DE L’INAUDIBLE

Matthieu Saladin - 2017

Software Edition on SD card
Booklet includes a text by Jonathan Sterne
192 ex.
2018

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La capture de ‘inaudible vise à problématiser la notion d’inaudible dans nos sociétés actuelles. Le projet, qui prolonge la performance de Matthieu Saladin dans une édition spéciale, s’articule autour d’un logiciel ad hoc d’ « encodage de l’inaudible », accompagné de différents textes et méta-textes.

L’inaudible est ici compris au sens de ce qui appartient au royaume des sons ne pouvant être entendus car se situant en-deçà ou au-delà du spectre audible par l’oreille humaine, ou bien masqués par d’autres sons plus forts émis simultanément ou presque. D’autre part, l’inaudible renvoie à ce qui excède l’écoute, sinon l’entendement d’un groupe, d’une communauté, voire d’une société, en tant qu’il est construit socialement, culturellement et historiquement, autrement dit à ce qui ne peut être entendu car demeurant inintelligible pour ce groupe, cette communauté ou cette société, et selon, là aussi, des effets de seuils et de masques. À l’acception phénoménologique de l’inaudible s’adjoint ainsi une acception politique, sans que l’on puisse en réalité tracer une frontière nette entre l’une et l’autre, notamment dès lors que l’on aborde l’écoute en tant que sens pris dans des dispositifs (du reste comme tous les sens), qui l’agencent de manière stratégique, la façonnent techniquement, juridiquement, historiquement et socialement, soit une écoute “appareillée” quand bien même celle-ci ne serait munie d’aucune prothèse visible.

L’encodeur (logiciel créé dans le cadre du projet) agit de manière exactement inverse au traitement du signal que réalise habituellement un encodeur MP3 : il ne conserve que les fréquences que supprime l’encodage MP3, c’est-à-dire l’inaudible selon l’idéologie qui gouverne cette technologie. Le choix du MP3 ne se veut néanmoins pas une critique de la compression des données audio qu’il opère, ni des usages, ni des écoutes qui le mobilisent, mais intervient simplement parce qu’il me semble exemplifier de manière particulièrement intéressante la porosité de la frontière censée séparer les deux acceptions de l’inaudible précédemment citées.

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Matthieu Saladin est artiste et musicien. Sa pratique s’inscrit dans une approche conceptuelle de l’art, réfléchissant, à travers un usage récurrent du son, sur la production des espaces, l’histoire des formes et des processus de création, ainsi que sur les rapports entre art et société du point de vue économique et politique. Elle prend aussi bien la forme d’installations et de performances que de publications (livres, disques), de vidéos et de créations de logiciels. Il est également maître de conférences en arts plastiques à l’université Paris 8, membre de l’équipe TEAMeD au sein du laboratoire Arts des images et art contemporain (AI-AC). Sa recherche théorique porte principalement sur les arts sonores et les musiques expérimentales. Il codirige la collection Ohcetecho aux presses du réel, participe aux comités de rédaction des revues Volume! et Revue et Corrigée, et est directeur de rédaction de la revue de recherche TACET. Son travail est représenté par la galerie Salle Principale.

http://www.matthieusaladin.org

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Production : Synesthésie, Accès(s), DICRéAM, Artkillart
Graphisme : Jean-Baptiste Parré
Développement Logiciel : Ianis Lallemand
Textes : Johnathan Sterne et Matthieu Saladin